Massacre dans le train fantôme, 1981

The funhouse

Tobe Hooper

The_Funhouse_Funhouse5

En VO, ce film s’intitule «The Funhouse» mais le titre français nous rajoute un massacre, histoire de signaler qui en est l’auteur, que ce slasher en fête foraine est réalisé par l’homme qui a fait l’autre film.

Contemporain des Romero, Craven, Cronenberg et autres masters of horror, Tobe Hooper les a tous devancés tout en restant éternellement à la traîne. C’est sa malédiction. Sa filmographie compte une quinzaine de longs métrages mais sa renommée se base sur 3 pivots, source de déséquilibre évident.

Hooper a réalisé une série B que l’on ne cesse de réévaluer jusqu’à l’absurde (le poisseux «Crocodile de la mort») et un blocbuster que l’on attribue à un autre («Poltergeist» dont l’histoire dira peut-être si son producteur Spielberg en a filmé la moitié, mais qui est tellement spielbergien dans l’esprit comme dans la forme que Hooper ne pourra jamais réellement en revendiquer la paternité) et puis l’autre film, en fait surtout celui-là…

En 1974, Tobe Hooper a emmené une bande d’adolescents au Texas et le cinéma vers une nouvelle modernité. En France, nous ne découvrirons l’objet que tardivement après la censure imposée par 5 ministres de la culture. Il s’appelle «Massacre à la tronçonneuse» et pour beaucoup, il fut un titre, voir un emblème, avant d’être un film.

Funhouse3

Quoique l’on en pense (quelque peu surestimé à mon sens), la trajectoire de cette bande horrifique a dépassé tout le monde, et son auteur en premier lieu. Au fond on aura jamais vu, vraiment vu «Massacre à la tronçonneuse». Objet de tous les fantasmes suite à ses différentes interdictions, ovni culte des séances de minuits, le massacre a rejoint désormais les sphères de l’art contemporains comme de l’inconscient populaire (3 suites, un remake, un prequel, une version 3D…).

Une bénédiction et une malédiction à la fois pour un cinéaste qui se rêvait simple artisan de série B.

C’est d’ailleurs à cela que s’attèle l’homme pour la suite de sa carrière, réaliser des séries B… sur lesquelles personne ne s’est penché.

La redécouverte de «Massacre dans le train fantôme» permet de replacer Hooper sur l’échiquier des maîtres de l’horreur.

Rien de grandiose dans ce métrage, mais une direction d’acteurs fine (qui l’éloigne du tout venant du bis), un authentique talent pour les atmosphères putrides et un rythme tonique (1h30 de montée horrifique). Surtout, l’homme affirme son goût pour le burlesque déjanté, lui qui ne cessera d’affirmer que «Massacre à la tronçonneuse» est une comédie (et poursuivra dans le slapstick déviant avec les aliens en plastique de «L’invasion vient de Mars» ou le lavomatic cannibale de «The mangler»).

Mieux encore, sa note d’intention précise vouloir retranscrire le malaise ressenti dans les fêtes foraines de son enfance. Voilà un type qui filme avec ses émotions (l’idée «Massacre à la tronçonneuse» est née d’un accès d’agoraphobie au rayon bricolage d’un supermarché) et qui saisi subtilement les fondamentaux du genre dans lequel il officie.

Funhouse7

Car «The funhouse» est aussi un conte de l’adolescence. L’ouverture parodie la scène de la douche de «Psychose» mais aucune goutte de sang ne s’écoulera par la bonde de la baignoire : un enfant jouait une blague à sa grande soeur. Toutefois, nous serions mal avisés de ne pas prendre cette séquence au sérieux car les remontrances de la jeune fille conditionneront son malheur futur et un plan subjectif signe que le film est en réalité vu à travers les yeux du garçonnet farceur.

La grande soeur n’a que faire des jeux d’enfants, elle rejoint son amoureux et un couple d’amis, en dépit de l’interdiction de son père (qui regarde «La fiancée de Frankenstein» à la télévision).

Aux sympathiques branleurs, Hooper envoi une mise en garde à travers une représentation de monstres de foire où une vache bicéphale annonce le croquemitaine qui les éliminera. Après Leatherface, apparaît Double face, lui aussi marmot mal grandi dans un corps d’ogre.

Tobe Hooper joue avec intelligence et perversité de son décors sirupeux qu’il détourne progressivement vers un enfer organique pour un dernier acte en tout point digne de ses tueries texanes.

Le film se termine sur le visage bouleversée de la survivante, comprenant que son jeune frère l’a condamnée à mort après avoir fait semblant de la tuer.

Derrière le ride ludique, le film d’horreur fait son boulot : mettre en image l’intangible douleur qui accompagne inéluctablement notre accès à l’âge adulte.

the-funhouse-L-133xyy

Publicités

~ par 50 ans de cinéma sur 6 mai 2013.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s