Alien la résurrection, 1997

Alien resurrection

Jean-Pierre Jeunet

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Si James Cameron n’avait pas emmené «Aliens» au pinacle de la fusion monstres et vaisseaux spatiaux, je pourrai affirmer que cette résurrection constitue le meilleur épisode de la série initiée en 79 par Ridley Scott, Dan O’Bannon et H.R. Giger.

Honnêtement, le premier opus me semble être un film de couloir hyperstylisé (avec une dette coupable envers Mario Bava) et la messe orchestrée par David Fincher dans «Alien 3» m’a laissé indifférent.

Ce dernier film n’avait pas rencontré le succès escompté. La Fox a néanmoins décidé de faire revenir le lieutenant Ripley et a confié les modalités de son retour aux bons soins du scénariste Joss Whedon.

Et c’est en quelques sorte ici que les ennuis ont commencé. Whedon s’est largement répandu sur la trahison dont il aurait été victime de la part de Jeunet, rejetant en bloc la mise en scène de celui-ci.

Par ailleurs, le film fut un four au box office, orientant ainsi ses producteurs à travestir la franchise dans les calamiteux «Alien contre Predator».

Enfin, à l’exception de Ron Perlman qui se starifiera au contact de Guillermo Del Toro, la plupart des protagonistes de l’aventure ont connu une suite de carrière erratique.

Nous aimerions ici réconcilier tout le monde, tant chacun a livré un boulot fantastique.

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Tout d’abord, Whedon propose le scripte le plus complexe et palpitant de la série en offrant à Ripley un jeu de doubles fascinant. La guerrière de l’espace n’est plus qu’un clone récupéré à partir des résidus laissés dans le précédent opus. Sa mort dans une cuve de métal en fusion pour éliminer la bête qui vivait en elle, ne pouvait que dégénérer en hybridation. Désormais, Ripley et le monstre ne font qu’un et lorsqu’un personnage secondaire lui demande qui elle est, elle sourit en répondant la mère des monstres. C’est peu de dire qu’elle est, encore une fois (mais cette fois plus encore), magnétiquement incarnée par une Sigourney Weaver ravie de la nouvelle ambiguité de son rôle.

Ce jeu ne se limite pas à Ripley puisque le robot Bishop se voit proposer une variation queer  à travers la cristalline Winona Ryder et que la créature elle-même opérera une mutation parallèle à celle de sa génitrice.

Or, si notre cinéphilie balance plus vers le père de Buffy que vers celui d’Amélie, nous affirmons néanmoins que le second a magnifiquement servi le premier.

«Alien resurrection» me paraît être le meilleur film de Jeunet.

Celui-ci s’éloigne de son comparse Marc Caro avec lequel il avait réussi un conte grinçant («Delicatessen») et raté une fable ambitieuse («La cité des enfants perdus»). Caro ne suivra pas Jeunet à Hollywood, craignant pour sa liberté créatrice. Pourtant, la montagne aux rêves peut parfois offrir un carcan bienvenu aux funambules. Quelques années plus tard, Caro réalisera «Dante 01» space opera solennel qui relève de la série Z intello… le contraire du quatrième «Alien».

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Pour Jeunet, la question ne se pose pas. Il profite du désistement de Danny Boyle (qui fera son space opéra intello ennuyeux avec «Sunshine») et aborde la commande avec décontraction, modestie et une bande de copains. La réussite du film doit, en effet, beaucoup à sa french touch et à l’esprit Topor/Moebius qui l’anime.

Darius Khondji éclaire la station spatiale d’un halo rouillé, Pitof et le studio Duboi assurent une partie des effets spéciaux et Dominique Pinon s’intègre génialement dans un casting de série B destroy (Ron Perlman, Michael Wincott en pirates de l’espace, Brad Dourif en savant fou).

L’alchimie opère entre la chambre d’ado du réalisateur, les fondamentaux d’une saga culte, les impératifs d’une grosses production et les ambitions d’un brillant scénariste.

Les acteurs sont filmés comme des brutes de BD européenne, les actrices comme des icônes de comics (ce qui devrait ravir Whedon). Le trio Weaver/Alien/Ryder porte à ébullition le potentiel freudien de la série. Les séquences d’anthologie s’enchaînent (le match de basket, le combat aquatique) jusqu’à une scène folle durant laquelle le clone Ripley est confronté à ses prédécesseurs mal formés (un moment de cinéma qui intégrera «Le guide du cinéphile pervers» de Slavoj Zizek).

A tous les français qui nourrissent des rêves hollywoodiens, Jean-Pierre Jeunet aura apporté un espoir : oui, le métal peut hurler!

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~ par 50 ans de cinéma sur 23 janvier 2013.

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