Parfum de femme, 1974

Profumo di donna

Dino Risi

En listant les films de 1974, entre 2 films de Rainer Werner Fassbinder, je glisse un métrage du truculent Risi. Quoi de plus opposé entre les ruelles pisseuses de l’allemand recueillant les amours blêmes et la faconde latine de l’auteur du « Fanfaron »?

N’oublions pas que ledit « Fanfaron » est cornu et que ses voisins de pallier « Les monstres » ont les 2 pieds dans la merde.

Avec une acidité terrible, Risi regarde son souffre douleur favori giocare la commedia dell’amore. Il ne lui reste plus que cela.

Vittorio Gassman est grand. A l’époque, les malheureux qui ne l’aimaient pas lui reprochaient d’être un italien qui se fait passer pour un américain. Qui aurait pu croire que Gassman n’était pas italien?

Le comédien est grand ici car il prend en charge la noirceur de son personnage d’aveugle  lubrique sans jamais chercher à en retirer les honneurs d’une performance. Dictatorial, grandiloquent, pathétique, il contredit sans cesse le comique potentiel des situations et son propre charme de canaille virile. A la fois brutal et subtil, il nous éloigne de ce mélo dans lequel un ancien soldat handicapé décoince son jeune assistant.

Le navrant remake américain, pour lequel on ne pardonnera jamais tout à fait Al Pacino, se contentait de faire du protagoniste un anticonformiste choquant (mollement) la bourgeoisie.

Chez Risi le rire étouffe toujours celui chez qui il naît. Derrière son théâtre de pantins ridicules, le cinéaste n’oublie jamais de nous scruter. Alors du rire, oui, des larmes, aussi… nous regardons une comédie italienne.

Mais, ce que nous laisse le parfum des femmes, est en dernière instance, un profond désespoir.

« Parfum de femme » est, pour moi, le portrait d’un seul et même homme, raide puceau ou militaire en bordée, poète romantique et voyeur impuissant. Un désir énorme, beaucoup de prétentions… que des faiblesses. Un homme comme Dino Risi peut-être, ou d’autres, à travers l’écran du cinéma…

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~ par 50 ans de cinéma sur 21 octobre 2012.

Une Réponse to “Parfum de femme, 1974”

  1. L’histoire du cinéma est remplie de répliques mythiques : mais il est des bruits, aussi, qui évoquent un film aussi sûrement que le serial killer de La Cité de la peur. Le klaxon joyeux et arrogant de la Lancia Aurelia de Vittorio Gassman, dans Le Fanfaron, en est un. La petite histoire dit d’ailleurs qu’il lança une telle mode en Italie qu’on finit par interdire les klaxons musicaux. Le titre original du film, « Il Sorpasso » (« le dépassement ») indique d’ailleurs mieux que le titre français quel est le personnage principal du film : cette Lancia Aurelia, lancée à toute vitesse dans les rues de Rome et de sa banlieue, avec à son bord Bruno Cortona (Vittorio Gassman) et Roberto Mariani (Jean-Louis Trintignant), parfaitement étrangers l’un à l’autre. En ce jour férié du 15 août, Bruno doit passer un coup de fil, avise un jeune homme penché à sa fenêtre, monte chez lui pour faire cet appel téléphonique : Roberto, jeune étudiant en droit timide et un peu coincé, vient de laisser entrer dans son univers studieux et réglé un facteur de déstabilisation radicale, un sympathique « fanfaron » épicurien, rustre mais attachant, profiteur, enjôleur, dragueur, vivant d’expédients, sans gêne et amateur de jolies femmes, mais qui au fond n’aime rien tant que narguer à toute blinde tout ce que sa Lancia croise sur sa route. En ce jour du 15 août, donc, Bruno déferle dans la vie de Roberto et l’emmène dans un périple de vingt-quatre heures, à la fois comique et tragique.

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