Jurassic park, 1993

Steven Spielberg

Où Steven revient sur l’étrange cas Spielberg.

Au début des années 90, les accords du Gatt, censés régler les échanges commerciaux et les tarifs douaniers entre les pays, ont trouvé un point d’achoppement inattendu : des dinosaures.

Le débat s’est passionné autour de l’invasion culturelle nord américaine, on a beaucoup parlé, je ne suis pas allé voir «Jurassic park» au cinéma. A l’époque, je vous assure, ça comptait… Mais, et c’est bien le paradoxe de Steven, on ne pouvait tout de même pas ignorer complètement de dernier Spielberg.

Chez Spielberg, beaucoup de choses masquent le cinéaste : le producteur, l’ami des enfants, la pop star… De nombreuses casquettes qui me feront balancer entre le symbole de l’impérialisme américain et l’auteur respecté par Alain Resnais.

Toutefois, le cinéaste même (il préfère ce terme à celui de réalisateur) a nourri cette ambiguité chez ses spectateurs. A l’heure où j’écris, en 2012, nous aurons eu autant de raisons d’adorer le père de «E.T» (l’hommage rusé de son disciple J.J. Abrams avec «Super 8») que de le critiquer ( l’adaptation à la fois vaine et virtuose de «Tintin») ou encore de l’ignorer («Cheval de guerre», pas concerné). Mais, au fond, aujourd’hui, nous savons que nous aimons Spielberg, malgré le business et les mauvais films. Et, contrairement au GATT, les dinosaures n’y sont pas pour rien.

En 1993, le trône du cinéaste le plus successful a quelque peu vacillé. Après des débuts tonitruants, marqués par une série de hits extraordinaires, le milieu des années 80 voit le cinéaste se confronter à des sujets adultes avec un succès moins marqué. «La couleur pourpre» et «Empire du soleil» ne pouvaient évidemment pas rivaliser avec «Les dents de lamer» ou «Les aventuriers de l’arche perdu». La fin de la décennie et les années 90 naissantes furent une époque de recentrage en tentant d’adapter ces sujets aux histoires enfantines qui lui avaient valu la gloire. Au cours de sa troisième aventure, Indiana Jones va donc lire Freud et demander l’attention de son père, et dans «Hook», Peter Pan assumera sa maturité. Les 2 films sont affreux et l’on sera gré à leur créateur de s’être profondément questionné pour la suite.

Cette remise en cause se pare d’atour, au premier regard, bien ingrats. Steven Spielberg adapte un roman de Michael Crichton racontant la dégénérescence d’une ballade dans un parc d’attraction. Des sauriens primaires remplaces les robots cowboys, mais cela ressemble bien au «Mondwest» (1973) du même Crichton. Le projet doit sa production value aux effets spéciaux révolutionnaires d’ILM. Comme ses confrères James Cameron ou Robert Zemeckis (soit le Walhalla des réalisateurs maîtres du monde), Spielberg se tient étroitement informé de l’évolution des images générées par ordinateurs. Cameron est pionnier avec les esprits argentés dans «Abyss». Zemeckis capte rapidement le potentiel ludique dans «La mort vous va si bien». Spielberg va affirmer leur suprématie avec «Jurassic park», blockbuster énorme.

Le 15e opus de Steven Spielberg s’est annoncé ainsi : machine à dollar associée à un tour de force technique, accessoirement adapté d’un romancier populaire. Le succès s’est confirmé au delà des espérances de ses bailleurs de fond, le défi technologique est une réalité. Pouvait-on encore imaginer un film derrière cet évènement économico politique?

Le pire, c’est que ce film se présente comme la dernière pièce d’une opération commerciale multimédia. «Jurassic park» ne raconte que «Jurassic park» : un gentil savant fou ressuscite les dinosaures et invite des scientifiques et ses neveux à visiter la réserve naturelle qu’il a créé pour les créatures… évidemment, le parcours fléché évolue vers le train fantôme.

Tranquillement, le réalisateur vedette rejoue «Duel» et «Les dents de la mer» tout en présentant le merchandising, directement dans le film. Reconnaissons que le cinéphile intello pouvait se sentir gêné.

Mais, au milieu d’un tel marasme, Steven Spielberg s’est rappelé pourquoi il préférait le terme français de cinéaste à celui de réalisateur.

Alors «Jurassic park» est un authentique film d’horreur avec ses pics et ses phases d’attentes, la phobie et la fascination, la science et les fantasmes. On a souvent comparé ce film à un slasher, ce serait à prendre comme un compliment tant le cinéaste se souvient avoir terrifié avec un camion et des vagues ce qui lui permet de gérer ses Computer Generated Images avec décontraction.  En tant qu’ami des enfants, il se rappelle des plaisirs pervers que l’on prend à cet âge à fantasmer sa propre destruction, en tant qu’ami des financiers, il prend un malin plaisir à décrire l’anéantissement d’une opération commerciale basée sur une technologie et un merchandising révolutionnaires!

Steven Spielberg est donc de retour. Freud, les contes de fée et (c’est nouveau) la société du spectacle font partie de ses bagages. Le producteur aura de nouvelles piscines, la pop star affirme sa suprématie dans l’inconscient collectif et, surtout, le cinéaste rejoue «Hansel et Gretel» en filmant une casserole et suggère la grande aventure à la Edgard Rice Burrough avec la simple  ondulation des hautes herbes d’une savane de science fiction…

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~ par 50 ans de cinéma sur 27 septembre 2012.

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