L’esprit de Caïn, 1992

Raising Caïn

Brian De Palma

Dario Argento et Brian De Palma ont rarement été avares de piques l’un envers l’autre. Le pauvre Pino Donaggio s’est trouvé à jouer les intermédiaires alors qu’il travaillait sur la bande originale de «Trauma». L’italien demanda des comptes à propos d’une scène de «Raising Caïn» censément copiée de «Ténèbres». Le compositeur, partenaire de longue date de De Palma, obtint la confidence : certes copie il y avait, mais la scène en aurait été largement améliorée.

En l’occurrence, cette scène relève d’une grande banalité. Le débat ne vient que confirmer l’aspect consternant de la rivalité entre 2 maîtres personnellement adorés, et aussi moines copistes de leurs illustres aînés (Hitchcock, Antonioni, Bava, Welles…).

D’ailleurs, en ce début des années 90, ils en sont au même point : vieux maîtres fatigués, oubliés de leurs premiers fans, raillés par la critique, en phase d’auto analyse sauvage. Avec «Trauma», Argento revient au giallo en revisitant son chef d’oeuvre officiel «Profondo rosso».

Dans «Raising Cain», De Palma ne songe à copier (et peut être à améliorer) que son propre cinéma. Beaucoup considérèrent qu’il ne l’avait que parodié.

Reconnaissons que ce thriller aux multiples grilles de lectures ne lésine pas sur les grimaces et les effets.

Comme chez Argento (décidément!) l’intrigue et les personnages se voient délaissés au profit de la toute puissante mise en scène De Palmesque.

John Lithgow paye très cher les vélléités méta du cinéaste. A coup de maquillage ridicule, de dialogues bis, et de ricanements crispants, il incarne le personnages central dont les multiples personnalités et l’Oedipe mal réglé offrent les pistes sur lesquels De Palma brode ses motifs graphiques.

«Raising Caïn» commence sous ces auspices désastreux lorsque Lithgow joue un dialogue en champ contrechamp entre le héros et son double maléfique. La suite ne rassure guère, avec ses scènes de soap filmées de travers.

Mais le cinéma de De Palma n’a-t-il pas toujours été affaire de déviation du regard? Déjà, ce très mauvais film qu’est le début de «Raising Caïn» joue une partition viciée qui se déploiera en variations virtuoses (la voiture engloutie d’où l’héroïne surgit avant de se noyer, le postiche de la psychiatre… «Psychose» toujours), pour exploser en 2 séquences démentes.

La première alterne en quelques secondes l’étreinte d’un couple adultère, l’éveil de l’épouse trompée sur son lit d’hôpital, la découverte de son regard dans le reflet d’un écran de télévision et la séparation des amants devant la femme morte.

La seconde est une longue et lente orgie de mouvements de caméra dans laquelle le cinéaste joue de la psychanalyse et de la composition plastique en pervers de génie.

Presque aussi beau que la scène du voyeur et de la petite culotte dans «Body double»!

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~ par 50 ans de cinéma sur 1 septembre 2012.

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