La salamandre, 1971

Alain Tanner

Lorsque le malicieux Jacques Denis suppose qu’une fille a passé la nuit dans l’appartement de son colocataire parce que ça sent bon, nous savons que nous sommes dans un univers ami.

Au noir et blanc (la campagne suisse belle et hiératique), au fait divers (un scénariste et un journaliste enquête sur une jeune femme accusée de meurtre), à la politique (la femme dans un univers d’hommes, le prolétariat soupçonné de tous les vices par la bourgeoisie), à tout cela, Tanner ne tourne pas le dos. Néanmoins, il conserve un équilibre de truculence et d’étrangeté.

Son film parle du monde, de manière souvent très prosaïque, mais ne se départie jamais  d’une gouaille savoureuse par la grâce du duo Jacques Denis (spirituel) / Jean-Luc Bideau (immense) en pigistes  très détective. Leur compte rendu de la violence sociale se heurtera à l’opacité de la criminelle, aussi blonde que ses regards sont noirs ou que son usine est grise.

Car voilà, si ça sent bon dans la chambre de Jean-Luc Bideau, c’est parce que Bulle Ogier y a passé la nuit. La fille, la salamandre, la meurtrière en puissance, c’est elle! A la fois oeil et vortex du regard, elle perd immanquablement ceux qui prétendent la comprendre ou la juger.

Comme Denis et Bideau, on est pas obligé de prendre cela avec angoisse. Pourquoi ne pas s’avouer tout simplement heureux que cette créature ait croisé nos chemins?

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~ par 50 ans de cinéma sur 26 juillet 2012.

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