Scream 2, 1997

Wes Craven

C’est avec un regard quelque peu dubitatif que j’ai visionné le premier « Scream ». Ce slasher-movie modernisé m’avait en effet semblé trop roublard pour n’être autre chose qu’un habile coup de producteur. Son concept : un assassin joue avec les règles classiques du film d’horreur pour éliminer des teenagers eux-mêmes féru de ce genre cinématographique… mise en abîme ou inspiration zéro ?

Le succès fracassant du film et sa félicité critique auprès d’un publique méprisant justement le cinéma d’horreur, m’ont maintenu dans cet état d’esprit.

Du moins jusqu’à « Scream 2 » où le talent de Wes Craven et de son scénariste kevin Williamson pour mener conjointement un récit horrifique et une réflexion ludique sur le genre m’a impressionné. Cette bonne surprise m’a permis de réévaluer un premier opus peut-être jugé trop hâtivement.

Ce qui joue en la défaveur de Craven est, paradoxalement, l’ambition de ses projets. Car la plupart de ses films recèlent un potentiel thématique passionnant. Que ce soient « L’emprise des ténèbres » (une analogie entre les rites vaudous et le régime de Duvalier en Haïti), « Shocker « (un serial killer devient immortel en passant dans la télévision) ou encore « The people under the stairs » (confrontation entre une réalité sociale brûlante et un conte de fées cruel), la plupart déçoivent par leur traitement formel. Les sujets sont expédiés et les effets peu inquiétants.

Il serait toutefois injuste de ne pas mentionner l’exeption de « A nightmare on Elm street », premier épisode de la série « Freddy » où Wes Craven maîtrise parfaitement l’équilibre entre la théorie et l’émotion.

Ensuite, « Scream n’est pas aussi révolutionnaire qu’il y paraît. D’une part, le mélange horreur/humour est loin d’être nouveau. C’est d’ailleurs ce qui a provoqué la chute de ce cinéma à la fin des années 80, les séries « House », « Les griffes de la nuit » et autres sombrant souvent dans la parodie. De plus, des cinéastes comme Jim Muro ou Peter Jackson se sont fait un nom avec une vision résolument burlesque du genre. Et si l’on veut remonter plus loin, les premiers films « gore » de Hershell Gordon Lewis étaient déjà parsemés de gags auto parodiques.

En outre, le film ne réalise qu’en partie son projet initial de mise en abîme du genre. Au final, nous assistons à un slasher classique où abondent fausses pistes (chacun surgit dans le plan de façon inattendue) et fausses peurs (… oups, ce n’était qu’un chat). L’originalité réside dans le fait que les personnages (le tueur et ses victimes) sont des fans de films d’horreur et en connaissent à priori toutes les ficelles. Brillante idée de scénariste, bien mal appliquée puisque ce savoir n’empêchera pas les personnages de suivre les comportements stéréotypés de leurs ancêtres de « Vendredi 13 » et de n’être au final que de la chair pour le tueur comme pour le récit. Craven avoue d’ailleurs, implicitement, avoir emprunté le concept, le film référence de « Scream » et de ses héros étant « Halloween » (une œuvre infiniment plus angoissante) où Jamie Lee Curtis subissait les assauts d’un psychopathe alors qu’elle visionne des films d’épouvante en vidéo.

Enfin, « Scream » est englobé d’un second degré très mode qui nuit à l’efficacité de son suspens. Les personnages ne paraissent ressentir aucune émotion. Certes, ceux des séries B tournées à la chaîne dans les années 80 étaient ridicules par leurs réactions naïves mais les adolescents de « Scream » sont presque indifférents au carnage qui les menace. Avec ses héros qui commentent l’action plus qu’ils ne la vivent, le film ressemble à un remake du « Bal de l’horreur » réalisé par Quentin Tarantino.

Cependant l’arrivée sur nos écran d’une suite permet d’envisager le projet de Craven et Williamson sous un aspect sériel et d’en mieux comprendre les mécanismes. « Scream 2 » se situe directement après la première histoire et en mène le principe encore plus loin: ici le tueur agit suite à un film qui a été tiré des événements survenus dans « Scream ».

Le manque de réalisme du premier épisode est donc absolu dans sa sequel, l’héroïne incarnée par Neve Campbel devient l’équivalent de Sigourney Weaver dans la série « Alien ». Le monde dans lequel elle évolue (une petite ville rurale dans le premier, un campus dans le second) est clos, les personnages de son entourage sont unidimensionnels (ou alors portent un masque) et elle même se résigne à affronter son destin. Une jolie séquence la voit incarner Cassandre dans un cours de théâtre…

Le monde décrit ressemble à s’y méprendre à celui d’un sitcom : Mêmes personnages (le petit ami délicat, le rigolo de service, les pimbêches…), mêmes décors (la faculté, la demeure familiale) jusqu’aux mêmes acteurs puisque la plupart jouent dans des feuilletons populaires aux USA. A ce titre, « Scream 2 » se permet de parodier son prédécesseur en montrant des extraits du film inspiré des événements survenus 2 ans auparavant. Tori Spelling, vedette du soap-opera « Beverly Hills », y joue le personnage de Neve Campbel.

Ce principe admis, on ne s’étonne ni ne s’irrite plus de la fadeur des personnages et du manque de réflexion de leurs actes. Pour tout dire, le spectateur prend même un malin plaisir à voir ces corps parfaits et cet univers policé à l’extrême soumis à une violence graphique (précisons tout de même que les personnages communs aux 2 épisodes nous sont plus sympathiques : ils ont en quelque sorte vécu l’épreuve du sang).

 Mais surtout, cela permet à Wes Craven de traiter SON sujet qui est l’adolescence. Il offre au regard de teenagers, qui en redemandent, le massacre de leurs propres icônes. « Scream » ne parle que de cela, de la jouissance que l’on ressent à cet âge face à la représentation de sa propre mort.

Si son regard sur cette période trouble de la vie est sans concession (tour à tour manipulateurs et manipulés, ses héros sont souvent bêtes et cruels, jusqu’à être coupables), Craven poursuit l’idée de « A nightmare… » selon laquelle les enfants sont toujours punis pour les crimes de leurs parents ou qu’ils les reproduisent eux-mêmes. Cette idée lui permet notamment de railler les théories sur l’influence du cinéma dans les actes criminels.

Par ailleurs, si « Scream 2 » me paraît plus réussi que le numéro un, c’est grâce au soucis qu’a son réalisateur de créer de véritables scènes d’angoisse, meilleure façon d’illustrer son concept.

Les plus belles scènes du films sont celles où Craven joue avec la notion de regard et son interaction avec un écran . Il nous offre ainsi quelques éclairs d’horreur pure et délicieusement efficace : la séquence d’ouverture où une jeune fille agonise devant un écran de cinéma, son cri muet étant couvert par celui de l’actrice du film, ou cette séquence durant laquelle Sidney doit choisir entre fuir ou démasquer l’assassin…

Mais la scène cerveau de la série est celle où une journaliste assiste impuissante au meurtre de son compagnon derrière la vitre d’un studio insonorisé. Pour lui aussi, le cri sera muet… Le personnage se retrouve dans la position de regardant impuissant et terrorisé. Position à laquelle nous, spectateurs du film, sommes totalement subordonnés.

Le second opus de ce feuilleton sophistiqué parvient à dynamiser le genre tout en en conservant les ingrédients et a le mérite non niable de se renouveler. C’est donc avec impatience que l’on attendait « Scream 3 » dans l’espoir que Wes Craven et Kevin Williamson prolongeraient leur essai théorique tout en conservant leur efficacité d’artisans du cinéma d’horreur.

Succès à la mesure des attentes de ses producteurs, « Scream 3 » n’aura finalement satisfait que ces derniers. L’ultime produit de la franchise, est un échec conçu par une équipe intéressée. En effet, suite à leurs bons services dans le teenage-movie sanglant, Wes Craven peut enfin sortir du cinéma de genre et réaliser le très académique « Music of my heart » et Kevin Williamson (qui n’a pas terminé le script du dernier épisode) passe à la mise en scène avec « Mrs Tingles ». Les bons points ainsi distribués, le studio Miramax a les mains libres pour décliner la marque « Scream » comme il l’entend : merchandising sauvage (point d’orgue au moment d’Halloween évidemment) et parodie dégradante mais extrêmement rentable avec « Scary movie » (d’ailleurs, premier titre envisagé pour « Scream »).

Désormais, le slasher movie n’est plus une étincelle à raviver mais bien genre désuet dont on use paresseusement comme moteur de comédie à frissons. Si le second épisode me semble constituer le meilleurs segment de la série, c’est qu’il mettait en danger ses personnages et le spectateur avec eux.

Craven y mettait en scènes de subtiles angoisses pour questionner notre regard. Soit exactement ce que l’on demande à un film d’horreur.

Publicités

~ par 50 ans de cinéma sur 23 avril 2012.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s