Blackbook, 2006

Zwartboek

Paul Verhoeven

J’ai récemment vu « l’oeuf du serpent » de Bergman. Excellent film mais il avait un tort. Celui d’avoir été visionné après « Black book ».

Verhoeven a redéfini la représentation de la seconde guerre mondiale au cinema (ce qu’il avait déjà opéré secrètement en faisant de « Starship troopers » le film de propagande ultime).

Mon admiration pour le cinéaste néerlandais s’est construite sur le tard, au travers d’une oeuvre américaine aussi intrigante qu’agaçante (et dans l’ignorance malheureuse de ses films réalisés en terres bataves). Difficile de suivre, entre le manipulateur génial de « Showgirls » (le premier à m’avoir immédiatement convaincu) et le lourd artificier de « Total recall ».

Le réalisateur lui-même semble s’être lassé de son épuisant jeu de retournement du système. Ses brillantes réussites méta (« Showgirls » donc et bien sûr « Starship troopers ») se sont soldées par des échecs commerciaux, ses dispendieux projets autour des croisades et du magicien Houdini n’ont jamais abouti et dernièrement, son ultime tentative de blockbuster « Hollow man » n’a guère convaincu (série B désincarnée où brille par intermittence la fabuleuse maîtrise qu’il a acquis dans les effets spéciaux).

La nouvelle est tombée, Paul Verhoeven est revenu aux Pays-bas pour un drame situé durant l’occupation nazie.

La boucle semblait refermée puisque sa dernière oeuvre pré hollywoodienne, « Soldiers of Orange » traitait déjà de la résistance hollandaise durant la guerre.

« Black book » laissait alors craindre le symptôme du cinéaste chassé de la lumière, contraint de revenir à un système pauvre. Symptôme qui a parfois abouti à des sommets d’académisme. Toutefois, j’aurai dû garder confiance en l’artiste qui filmait la guerre des étoiles comme un holocauste.

Le dernier métrage de Paul Verhoeven dépasse tout. Nos attentes, nos craintes, le grand spectacle et la critique du même spectacle larvée en son sein.

Lors de sa sortie il a été trop souvent dit que le cinéaste subtilisait la représentation de cette période en opposant de gentils nazis à de méchants résistants. Or, « Black book » n’est pas « Starship troopers » dans le 3e reich. C’est un incroyable flux de pulsions contradictoires et violentes, celles qui fondent l’humanité. Verhoeven n’est plus le ricaneur qui jubilait devant le massacre de GI d’opérette ou les tentations pornos d’un flic white trash. En quittant Hollywood, il se fait plus cinéaste hollywoodien que jamais, marchant explicitement dans les traces d’un Raoul Walsh ou d’un Samuel Fuller.

Il se permet ainsi un film à l’ancienne, gardant de sa période studios une maîtrise impériale sur la forme et la dramaturgie, tout en faisant fi des contraintes de bienséances inhérentes au cinéma américain commercial.

Afin de faciliter l’accès au spectateur, il a l’intelligence de créer une héroïne magnifiquement romanesque, sainte et guerrière, qui portera le fil d’un récit fulgurant. La gracieuse Carice Van Houten gagne ici ses galons de star, amplement mérités.

Verhoeven la filme avec une affection inédite chez lui. Elisabeth Berkley et Gina Gershon qui cristallisaient les vices masculins dans « Showgirl » ou Sharon Stone photographiée anonymement dans « Basic Instincts » ont dû apprécier.

Entendons nous, l’homme de « Robocop » reste le barbare sophistiqué capable de saisir la beauté dans le cloaque (« La chair et le sang ») et de capter les plus belles romances dans leur trivialité la plus crue (« Turkish delices »). Pourtant, rien n’y fait, même tueuse de sang froid ou couverte de merde, Van Houten irradie comme une Falconetti moderne.

Ce portrait de femme, à la fois charnel et cérébral permet au film de se désengager de toute tentation de subtilité .

Dans « Black book », l’heure n’est plus à se demander s’il existe de la bonté chez les brutes ou de la cruauté chez les doux (honnêtement, vous en êtes encore là ?) mais de simplement… survivre!

 
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~ par 50 ans de cinéma sur 25 mars 2012.

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