La blonde et moi, 1956

The girl can’t help it

Frank Tashlin

René Goscinny estimait qu’humour et érotisme ne faisaient pas bon ménage. Le cinéma aura souvent illustré cette idée soit par une grivoiserie gênante soit, à l’inverse, par une tension morbide dans les scènes de sexe.

Pourtant, voilà quelques années, Frank Tashlin a glissé le doute dans nos représentations.

Issu de l’animation, il n’aura de cesse de tenter de recréer en live les délires du cartoon, faisant de Jerry Lewis son Bugs Bunny à lui. Le monde de Tashlin est donc un univers dévoué aux formes et aux couleurs, dans lequel chaque objet attire l’attention pour son potentiel ludique. Un monde d’enfants idiots qui refusent de devenir des adultes cons, comme le disaient les critiques intellectuels, toujours séduits par le syndrome de Peter Pan.

Mais à la fin des années 50, ce monde de burlesque frénétique ne pouvait rester totalement imperméable aux secousses imposées à la pop culture par le rockn’roll naissant. La musique s’était également mise à la couleur et aux formes, balançant du bassin pour sortir de l’enfance une génération de gamins que l’on ne prendrait plus pour des idiots…

Dans «La blonde et moi», les malicieux fans de jazz moquent gentiment l’agitation des Elvis, Chuck et Jerry Lee, mais ils ne peuvent nier leur fascination nouvelle pour l’énergie charriée par ces jeunes gens énervés : une énergie purement sexuelle.

Jerry Lewis incarnait un idéal compagnon de cour de récré, Jane Mansfield incarnera la compagne idéale des nuits solitaires. Aucun ne résistera, mafieux, artiste, gamin, vieillard… tous rendus à leurs états d’adolescents éternels. Ils se feront inévitablement mal, à force de vouloir témoigner de leur force mâle à la sculpturale créature. S’ensuit un sadique festival de chutes, de brûlures et d’objets cassés, lapsus pulsionnels des faibles hommes croisant la blonde.

Au coeur du film, derrière le somptueux thorax de la star Mansfield, Tashlin ausculte aussi les émois de cette femme aussi drôle que désirable. On y découvre des choses simples, en vérité : la pinup se rêve en gentil maman…

Alors Tashlin grand pervers qui fantasme un paradis incestueux? Ou complice de cette petite fille au corps de déesse qui ne demande finalement qu’à jouer à la poupée?

Après la furie rock, les anciens teen-agers n’ont plus qu’à se souvenir de leur enfance pour jouir de leurs corps d’adultes.

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~ par 50 ans de cinéma sur 7 mars 2012.

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