Seul contre tous, 1999

Gaspar Noé

Il m’a semblé lire dans des tests sexo que certaines personnes envisageaient parfaitement de faire l’amour avec quelqu’un qu’elles détestent.

Ce résultat m’avait laissé perplexe. Je n’avais pas encore vu « Seul contre tous ».

Je m’en souviens parfaitement : séance de 22h au saint André des Arts, avec une amie très chère. Les têtes des spectateurs sortants rappelaient la sortie du bac de philo. Nous leurs posions la question alors comment c’est ?

Un garçon me répondit que ce n’était pas grand-chose et que l’on faisait beaucoup de bruit pour rien. Ses lèvres tremblaient.

Plus tard,  je me suis dit aussi que tant de bruit et de fureur ne constituaient pas grand-chose, en termes cinématographiques. Je me forçais à ne pas baisser les yeux tandis que mon amie courbait la tête.

Beaucoup de bruit pour rien. Ou alors la tempête ?

« Seul contre tous », c‘est un titre magnifique. Le titre d’un film que l’on ne peut pas réellement détester rien que pour cela. Pour autant, serait-on prêt à lui faire l’amour ?

 

« Carne » créait frayeurs troubles et curiosités malsaines. Pourtant, son format de moyen métrage et son statut de sensation de festival le maintenaient au niveau d’une curiosité bis.

Il annonçait le long, comme une ouverture d’opéra dégénérée.

«Seul contre tous » est la suite directe de « Carne », même s’il prend l’allure d’un remake terminale.

 

Nous retrouvons donc Philippe Nahon dans le rôle du boucher chevalin (SON rôle), après qu’il ait perdu la garde de sa fille. Une mauvaise colère mettra un terme à sa nouvelle vie de famille puis le portera vers d’horribles retrouvailles.

 

Avant la sortie de son premier long, Noé avait participé au film de sa compagne Lucile Hadzihalilovic, « La bouche de Jean-Pierre » (une histoire d’inceste pédophile, Sic).

Au moment de la sortie, des teasers secs lançaient les grands mots de Morale, Pécule et Culture pour se terminer sur une carte de France rouge sur fond noir…

Sur l’affiche, les cinéastes français s’unissaient (de Tavernier à Kassovitz) pour louer la violence politique du film, objet salvateur dans une France endormie.

Gaspard Noé jouait habilement le jeu en interview, entre provocation et fine culture. Tel un Tarantino devenu dandy, il reliait le nouvel Hollywood (Scorsese, Peckinpah, DePalma…) avec l’exploitation italienne (les faux documentaires voyeuristes de Jacopetti).

 

Pourtant, les références citoyennes et artistiques me semblent inopérantes. S’il est une comparaison à faire, je crois que « Seul contre tous » pourrait faire office de brillant remake français de « Taxi driver », une autre histoire de blanc moyen en guerre contre les autres, armé, enragé, dangereux… et seul.

 

Cette solitude, est ce qui subsiste du film. Noé n’ a pas encore les moyens de filmer un viol en continue ou de rêver au pays des morts. Il reste un cinéaste d’horreur, au premier stade. Sorti de l’enfer du Z mais pas encore totalement branché.

Pour le moment, seul contre tous.

Mais plus pour longtemps. Car, comme pour se prouver que l’on ne s’était pas fait déflorer contre notre gré, nous avons revu «Seul contre tous» et admis que la souffrance procurée se faisait étrangement euphorisante. Tellement unique…

 

Le film est rempli d’effets et ce sont ces effets qu’on lui renvoi en premier. Peut-on admirer un réalisateur qui fait frémir à coup de raccords ultra rapides et de stridences agressives ?

Mais ces chocs sonores sont à rapprocher d’un morceau de hard rock, pas subtil, mais ce n’est pas le problème.

Le boucher n’est pas subtil, jamais admirable. Peut on ignorer un idiot qui nous frappe en pleine figure ? Evidemment pas.

La mise en scène (aidée par la photo démente de Benoît Debie) se fond dans sa créature.

Regretter le choc c’est déjà admettre s’y être laissé prendre. S’y laisser prendre nous fera admettre que c’est du sacré cinéma. Impure et immature, malformé et immoral, mais du sacré cinéma!

 

Gaspard Noé filme la France comme on n’a jamais osé seulement la regarder. Un fromage pourri qui n’a pas survécu à la seconde guerre mondiale. Pialat disait la même chose, Fassbinder filmait l’Allemagne de la même manière.

Des travellings immoraux et une caméra en forme de groin (pour citer les débats de la nouvelle vague)?

Noé s’en fout, il nous a emmené dans son lit.

Contre, tout contre…

 

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~ par 50 ans de cinéma sur 27 août 2011.

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