Le temps d’aimer et le temps de mourir, 1958

A time to love and a time to die

Douglas Sirk

Question pour étudiant de cinéma : qu’est ce qu’un plan ?

On se gratte la tête longtemps en ruminant qu’un plan, ça se filme mais ne s’explique pas. Puis, de guerre lasse, on se contente de la définition suivante : un plan c’est une unité de montage. Voilà qui ne contente, en réalité, pas grand monde, mais notre faiblesse ignorante nous incitait à nous rapprocher de la technique brute.

Une mauvaise note et des cours théoriques plus tard, le mystère restait entier. Certes, nous ne nous contentions plus de la notion d’unité de montage après avoir étudié le plan séquence inaugural de « La soif du mal »!

Un détour chez les grands penseurs m’avait encore plus égaré. François Truffaut rappelle qu’un plan doit comprendre tout le film. Une proposition à laquelle j’adhérais sans pouvoir la concrétiser. André Bazin et son « Ontologie de l’image photographique » entraîne à penser qu’un plan de cinéma est le descendant d’un tableau. Une hypothèse que je comprends mais ne ressent pas. Serge Daney résumait le cinéma à du temps. J’en déduis que le 7e art est plus enfant de la musique. Une idée qui me touche mais que je ne parviens pas à expliquer.

Finalement, j’ai fais autre chose de ma vie et ne m’attendais plus à être confronté à cette question. Jusqu’au jour où je découvris le cinéma de Douglas Sirk, et son introspection allemande.

Ici, chaque plan est une toile de maître dont l’enchaînement compose une symphonie. Chaque plan résume le film, soit le passage de la grande Histoire sur les destins individuels, tout en livrant un discret portrait de leur auteur.

Après avoir renoncé à comprendre, j’étais submergé par la sensation de ce que pouvait être un plan de cinéma. Un condensé de beauté et d’intelligence.

Sirk avait tout bon.

 

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~ par 50 ans de cinéma sur 17 juillet 2011.

2 Réponses to “Le temps d’aimer et le temps de mourir, 1958”

  1. Woooauhhh, c’ est fou comme le temps peut façonner le destin d’ un film, la critique par Godard à l’ époque est d’ une accuité étourdissante mais aussi tellement passionné et poetique qu’ on sentirai presque de la chaleur humaine dans le personnage, sa prose maligne te contamine à jamais, et c’ est vrai, les frenchy avait déjà tout compris ! Maintenant de voir que le film est devenu une référence ultime pour tant de cinéastes, pas seulement gay friendly ou mélo-fetichiste, ça fait drôle, y a comme un lien magique, un doux sortilège qui unit l’ artisan éxilé et un peu méprisé en son temps et le ciné-fils panthéiste d’ aujourd’hui , la rédemption est mutuelle, l’ enveloppe du genre éclate et révèle la pureté du geste, les ricanements ont disparu, l’ humilté reprend ses droits, la voix du maître rayonne au grand jour… Longue vie au temps !

  2. et si les plans, au montage, se superposaient comme en photographie?
    et si c’était celà, le réel?

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