Colour flight, 1937

Len Lye

Jean Painlevé et Frédéric Rossif ont peut-être rêvé de réaliser un documentaire sur les bactéries paléoarchéennes. Len Lye l’a fait.

Les potes jointés de Dennis Hopper fantasmaient le film trip ultime. Les surréalistes espéraient un cinéma plastique, dégagé des contraintes théâtrales.   Len Lye l’a fait.

Mamoru Oshii et Katsuhiro Otomo travaillent encore au film d’animation qui sublimera l’apocalypse par la poésie. Len Lye l’a fait.

1937, la guerre est déjà perdue. Sur le front de la Rhénanie bien sûr, mais aussi un peu dans l’arrière cour du 7e art. Depuis quelques années, les comédiens parlent. Avec eux, le cinéma est littéralement absorbé par le texte. Les cow-boys, désormais, s’assoient autour d’un verre plus souvent qu’ils ne chevauchent dans la plaine.

Plus que les autres arts, le cinéma voit son histoire bifurquer au gré d’innovations techniques et de paris commerciaux. Or, le public aime entendre les personnages après s’être lassé de leurs pantomimes.

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L’argent est là, même si les investissements matériels nécessaires sont énormes et que les débuts sont marqués par un malentendu. « Le Chanteur de jazz », premier film parlant, montre un musicien blanc maquillé en noir. Soit le résumé d’un film symbolisant la fin d’un cinéma transculturel, art visuel compréhensible par tous, incarnation du melting pot américain comme de l’union des peuples soviétiques.

Certains artistes entrent en résistance. Chaplin continue de faire du muet avec des paroles, Fritz Lang pousse la nouvelle technologie dans ses retranchements et les as de l’animation affinent leurs plumes.

Une ambiguïté demeure toutefois pour ces derniers. Pionnière dans l’évolution technologique, leur discipline sera souvent marquée par un profond conservatisme.

Loin de ces considérations, « Colour of flight » et les différents courts métrages de Len Lye ont ouvert une voie libertaire en conservant les matières d’un art ancien: l’ombre, la lumière… et l’infinie variété de nuances qui les sépare.

Comme s’il n’était jamais revenu du « Voyage dans la Lune » de Meliès, le néo zélandais a continué à rêver à des symphonies de couleurs peintes à même la pellicule.

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~ par 50 ans de cinéma sur 29 juin 2011.

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