Kiss of death, 1995

Kiss of death
Barbet Schroeder

De toute la génération Nouvelle Vague (voir post), Barbet Schroeder est le seul à être parvenu à cette utopie toute européenne : devenir un auteur de studio. Son parcours international l’avait sans doute prédisposé à cette réussite. Réussite dont malheureusement, il bénéficie peu, en terme de prestige. C’est la malédiction des grands modestes. Pour beaucoup Shroeder vaut surtout pour ses « vrais films d’auteur ».  Pourtant, il me semble que son talent ne s’y épanouit que partiellement.

L’oeuvre de Barbet Schroeder permet de rallumer le vieux débat cinéphile axé autour de la phrase de Godard : mieux vaut un mauvais film de studio qu’un film d’auteur médiocre. Les films d’auteur « More », « Maîtresse » ou la récente « Vierge des tueurs » sont des oeuvres passionnantes mais maladroites, parcourues de fulgurances comme de longueurs. Ses films de studio (« Single white female », « Le mystère VonBullow » ou « Murder by numbers ») sont élégants mais lisses, brillants et parfois creux.

Pourtant, au milieu des années 90, Schroeder a offert une triple raison d’espérer au cinéphile exigeant, en réalisant 3 grands films d’auteur pour les studios. Leur échec commercial limitera probablement ce genre de réussite à l’avenir, mais il s’agit d’une autre histoire.

La première bombe est une série noire humble et poisseuse écrite par le grand Richard Price. Schroeder se coule avec discrétion dans ce matériau, à priori inconciliable avec des velléités personnelles (film de commande, remake d’un petit classique : « Le carrefour de la mort » d’Henry Hattaway). Mais progressivement, sa mise en scène se révèle dans toute sa puissance hypnotique, enserrant ses personnages tel un python. « Kiss of death » est un thriller évolutif et masochiste où un héros victime perd peu à peu ses repères dans une intrigue étouffante.

Il est habituel de louer les prestations des acteurs lorsque la mise en scène est classique. Outre le fait que ce classicisme est étincelant, on rappellera que Barbet Schroeder est l’un des plus fins directeurs d’acteurs en activité, parvenant de tirer le meilleurs de stars monolithiques (revoir Sandra Bullock dans « Murder by numbers »). Il affronte ici un casting de premier choix qu’il porte à une intensité fiévreuse : David Caruso, Samuel L. Jackson, Stanley Tucci et un Nicolas Cage bestial qui ne nous donnera plus souvent l’occasion d’apprécier sa classe incomparable.

(voir aussi L’avocat de la terreur, 2007)

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~ par 50 ans de cinéma sur 7 juin 2011.

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