Extérieur nuit, 1980

Extérieur nuit
Jacques Bral

Une petite coquetterie pour commencer : découvert en 2010, « Extérieur nuit », très beau film en soi, charme par le voyage temporel qu’il propose dans les années 80, ou plus précisément dans les films de cette époque. Sa photo granuleuse, Paris by night version mauvaise cuite, ses héros encore artistes mais déjà cyniques… nostalgie.

Nostalgie aussi pour une époque où l’on pouvait espérer que Jacques Bral incarnerait le Jean-Pierre Melville de notre génération. La dramatique absence de succès de ses oeuvres l’empêchera d’atteindre la couronne (pourtant méritée) de roi du polar 80’s.

Melville s’était créé une niche improbable dans le cinéma français : propriétaire de ses studios, revendiquant une influence exclusivement américaine, ami des stars de son temps.

Bral semblait en mesure d’occuper une place similaire. Producteur de ses films, il puisait dans l’inconscient américain pour faire tourner les vedettes montantes de cette époque. Mais justement, l’époque n’était plus favorable. Le star système français commençait son agonie et les influences américaines auraient dû nous inquiéter. Si Melville puisait dans l’âge d’or hollywoodien, Bral avait pour vivier le nouvel Hollywood des années 70, en pleine remise en cause des modèles préexistants.

Ainsi, « Extérieur nuit » ne ressemble pas à un film sous influence, plutôt une oeuvre orpheline et désespérée. Si l’on doit lui trouver une filiation , la facilité nous amènera à « Taxi driver », parce que ça se passe la nuit, que s’y dessine un portrait en contre jour d’une grande ville et, oui, l’un des personnages conduit un taxi.

Les influences françaises ne nous éclaireront pas d’avantage : André Dussollier, le spirituel, pourrait sortir d’un marivaudage de Rohmer; Gérard Lanvin, le blessé, semble mal remis d’une comédie de Lautner; Christine Boisson, la féline, marche sur le fil entre série B et concert punk.

Le film ressemble surtout à son auteur, esthète discret, contraint de batailler en secret pour réaliser un film par décennie. Dans cette filmographie d’artisan, « Extérieur nuit » fait figure de signature : comateux comme un dernier verre, gracieux comme les rêves que l’on fait en sombrant.

(Tout de même, Bral réussira ce que ni Melville, ni même Godard qui en avait rêvé, n’a pu faire : produire Samuel Fuller, pour sa dernière oeuvre « Sans espoir de retour ». Personnage passionnant ce Jacques Bral !)

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~ par 50 ans de cinéma sur 28 octobre 2010.

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