Canine, 2009

Kynódontas
Yorgos Lanthimos

Je suis presque gêné de l’écrire : « Canine » m’a souvent fait rire. Le climat incestueux est étouffant, l’inconscient est fasciste et Lanthimos se permet régulièrement des plans insoutenables. Mais, toujours, la bouffonnerie menace de l’emporter sur la terreur, en tous cas déplace constamment l’angoisse maintenant un inconfort maximal chez le spectateur (honteux de rire quand il soupçonne une atrocité dans la séquence suivante).

Un couple de bourgeois quinquagénaire maintient ses enfants adultes dans l’ignorance du monde extérieur, en leur imposant une suite de règles délirantes.

La canine du titre évoque la dent qui, tombée, est censée symboliser l’entrée dans l’âge adulte. Il n’est pas interdit d’entendre également une métaphore animale, tant il est question de dressage, ce qui aboutira à une séquence glaçante durant laquelle les géniteurs radieux entraîneront les jeunes gens dans un concours de jappement à 4 pattes.

Le cinéaste prend grand soin de maintenir l’équilibre entre confusion (on ne comprend pratiquement rien aux règles ni à l’interprétation qu’en font les enfants) et clarté (l’univers du film est si concret, ses personnages si vivants, qu’on ne remet jamais en cause son absurdité).

La narration, opaque mais fluide, est balisée d’une infinité de signes dont l’accumulation ne semble destinée qu’à nous renvoyer à notre impuissance. Car, pour se rassurer, on analyse. La maison est bordée d’un jardin, dans lequel se trouve une piscine. Un jour, le père y place des poissons. Alors que l’on commence à se prendre pour un spectateur intelligent, le sadique papa se lance dans une fable selon laquelle son épouse aurait enfanté les créatures et part les pêcher…

« Canine » est, malgré son titre, un film rond, une bulle parfaitement transparente mais aux contours déformés. Son piège ultime est le plaisir que procure sa vison.

D’ailleurs, lorsque la fille aînée tente une sortie, on craindrait presque de découvrir l’extérieur. Elle même ne commettra qu’un acte manqué. Se cassant volontairement la dent totem (du rouge sur la faïence blanche) elle pense s’échapper par le coffre de la voiture paternelle, vaisseau mystique seul autorisé à fouler le sol du dehors. Le film se conclut, dans une cruauté infinie, sur un long plan du coffre fermé.

Cassant la pointe qui faisait saillie, la jeune femme a disparu dans une autre poche, maintenant ainsi la parfaite quiétude de cet univers atroce.

Publicités

~ par 50 ans de cinéma sur 15 septembre 2010.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s