Hostel, 2005

Hostel
Eli Roth

Au fond, pourquoi aime-t-on les films d’horreur?

Pour la catharsis, bien sûr (« Maniacs » version hard ou « Braindead » version fun).
Pour la psychanalyse (Wes Craven).
Pour l’esthétique (Argento, Bava, bref l’école italienne).
Pour le vertige anatomique (Cronenberg).
Pour la politique (Romero) …
C’est sûr, nous sommes des gens bien.

2 anecdotes : dans le récent « La horde », un scène m’a énervé par son profond mauvais goût : les types mélangent plaisanterie salace et gore pour bifurquer sur un commentaire attristé sur le Rwanda. Bête et méchant, naïf et dégeu.

Mais, depuis quand une série Z sanglante devrait elle se tenir au moindre bon goût?

Plus anciennement, je me remémore ma perplexité en constatant mon admiration pour « Shivers » de David Cronenberg et mon mépris pour « Cannibal Holocaust » de Ruggero Deodato. L’un comme l’autre sont des films cultes. L’un comme l’autre contiennent leur lot d’immondices. Il semble que snobisme et subjectivité guident mon (mauvais?) goût : « Shivers » est beaucoup mieux filmé et « Cannibal Holocaust » contient une séquence qui se réfère trop à mon histoire personnelle.

Et finalement, peut-on encore aimer les films d’horreur (en 2010, à 33 ans)?
Un petit rigolo nous repose la question.

Eli Roth est un jeune homme malin et agaçant. C’est un ami de Quentin Tarantino (caution pour tous les sous doués de la culture nerd) et un ancien assistant de David Lynch (caution pour les sous doués fumeux de la culture underground). On l’annonçait comme le grand architecte de la rénovation du genre. Il sera l’auteur d’une série B sympa et vite oubliée (« Cabin fever »).

Alors qu’on imaginait pouvoir classer l’affaire, il invente une franchise basée sur un fait divers glauquissime (et probablement inventé). Dans un no man’s land d’Europe de l’Est, de riches touristes viennent assouvir leurs fantasmes de torture sur d’innocentes victimes, enlevées par la mafia locale.
La bande annonce était super, les photos promo aussi.

Et le film, que l’on se préparait à minorer (encore un bis de vidéoclub gonflé par la hype) ou franchement rejeter (une histoire de torture à l’époque de Guantanamo et Abou Ghraib, est ce bien moral?), nous séduira diaboliquement.

A la première question, Roth répond par un talent indiscutable. Il réalise une série B modeste et efficace, sans recourir aux effets qui gâchent habituellement ce type de production (images se synthèses approximatives et gros son). « Hostel » 1 et 2 sont des films parfaitement équilibrés entre une écriture serrée, une direction d’acteurs subtile et un montage précis.

Les 2 films sont également profondément troubles et gorgés de sang. ce qui nous amène à la seconde question. A l’époque des vidéos streaming de pendaisons de dictateurs, faire un film d’horreur est-il une question de morale?

Roth fait mine de s’en moquer mais affronte néanmoins les zones d’ombres que soulèvent ses films. Comme les zombis de Romero émanaient des corps ramenés du Vietnam, la pornographie sanguinaire des exploiteurs de misère est bien de notre époque.

Et il se trouvera toujours des clients qui, comme nous, continuerons d’aimer les films d’horreur… parce qu’au delà de nos raisons, nous savons de quel monde nous provenons!

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~ par 50 ans de cinéma sur 27 juin 2010.

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