Frangins malgré eux, 2008

Stepbrothers
Adam McKay

Le mot régressif a été le plus employé pour décrire la comédie américaine moderne, de Franck Tashlin à Austin Power.
Etrange destinée pour ce terme qui, voilà 20 ans, stigmatisait la débilité affichée de Jerry Lewis pour, aujourd’hui, féliciter les frères Farrelly pour leur mise en abîme de la société américaine.

Les comédies rapportent beaucoup d’argent chez l’oncle Sam et excitent les intellectuels en Europe, où l’on a jamais réussi ce type de film. Saisir le gamin demeuré que nous sommes tous est un projet à priori généreux et provocant. On pourra toutefois déplorer que beaucoup d’oeuvres se contentent de rappeler que l’enfance contient le stade anal.
Pire, l’étiquette régressive pare des atours de la provocation des oeuvres aux messages consensuels et convenus.

Adam McKay n’a pas réalisé que des chef d’oeuvres, la star Will Ferrell a joué dans d’affreux navets. Pour avoir fait « Stepbrothers », il leur sera beaucoup pardonné.
La paternité du film est partagée avec le producteur Judd Appatow, manitou de la nouvelle dumb comedy avec concept.

Les uns sans les autres, cela a donné des films drôles (« Blades of glory » avec Will Ferrel) et des films intelligents (« 40 ans, toujours puceau » de Judd Appatow). Reconnaissons qu’ensemble, c’est mieux.
Drôle, c’est déjà bien, intelligent, ce n’est pas suffisant (cf les derniers opus de Peter et Bobby Farrelly dont les pitchs sont plus passionnants que le résultat final).

Les demi frères du titre, ce sont Will Ferrell et John C Reilly (qui avaient répété leur partition dans le seulement drôle « Tallageda night »), 2 quadragénaires vivant chez leurs parents, contraints de se supporter quand le père de l’un épouse la mère de l’autre dans un accès de démon de midi retardataire. Des corps de 39 ans avec des esprits de 13 ans résumait la tag line de l’affiche. Forcément régressif!

Scénaristes, vedettes et réalisateur délirent, déconnent, défoncent les portes du bon goût avec jubilation. Mais, constamment un malaise subsiste. « Sepbrothers » ne se contente pas d’un simple accès de régression, d’une tâche de sperme difficile à cacher ou d’une crise de diarrhée au cours d’une soirée mondaine. On y trouve, en fait, peu d’explosions cathartiques mais un portrait, mi-consterné mi-complice, de personnages inadaptés à une société qui les a pourtant construits.

Ce portrait déborde sensiblement l’écran pour devenir celui (peut-être) de ses créateurs et celui (plus sûrement) de ses spectateurs. Pas de cure pour les nerds. Le film de McKay ne propose de rédemption qu’en forme de blague, désintégrée durant le générique par une séquence folle où l’on voit Reilly et Ferrell bastonner un groupe d’enfants dans un jardin public.

Je me suis alors rappelé la phrase de Groucho Marx je ne pourrai faire parti que d’un club qui n’accepterait jamais les gens comme moi!

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~ par 50 ans de cinéma sur 16 juin 2010.

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